La campagne de vaccination contre la grippe A/H1N1 a débuté dans la plupart des régions du Québec le 26 octobre 2009 dans la confusion. Les nombreux appels à la vaccination lancés la semaine précédente par les autorités et organismes de la santé au Québec semblent avoir été entendus et incité de nombreuses personnes à se présenter à l’un ou l’autre des centres de vaccination. Or, à certains endroits, les problèmes logistiques et une affluence plus importante que prévue se sont traduits par des files d’attente interminables ou la fermeture des centres plus tôt que prévu, faute de vaccins. Les médias ont rapidement et inlassablement rapporté et présenté les faits contribuant à construire la perception, auprès de la population, que la situation était devenue cahotique.

En temps d’urgence, comme en temps de pandémie, la communication doit servir les personnes concernées ou affectées par la situation. Elle doit notamment accompagner, dans ce cas-ci, la population québécoise par des directives claires et précises. Elle sert aussi à informer et rassurer. Mais pour être efficace et crédible, la communication doit s’adapter continuellement aux besoins des personnes. On ne communique jamais selon les contraintes d’une organisation, mais bien selon les besoins et les attentes des personnes. C’est le principal défi auquel est confrontée une organisation. Dans le cadre des événements de la semaine dernière dans le réseau de la santé au Québec, le message n’a pas été adapté aussi rapidement qu’il aurait dû l’être au contexte, c’est-à-dire de limiter la vaccination qu’aux seuls professionnels de la santé. Ainsi, les files d’attente auraient été réduites considérablement et le réseau aurait pu démontrer une meilleure efficacité.

Mais pour mieux comprendre les problèmes liés à la communication dans le déploiement la semaine dernière de la campagne de vaccination, il faut revenir quelque peu en arrière.

Après une première vague pandémique, en avril dernier, qui a fait certes des victimes mais inquiété peu de gens, le gouvernement du Québec et les autorités de la santé n’ont pratiquement pas occupé le terrain de la communication de juin à septembre. Cette absence prolongée a permis aux promoteurs de la thèse du complot de l’industrie pharmaceutique d’occuper une place dominante dans les médias sociaux et traditionnels et convaincre un grand nombre de personnes au Québec de ne pas se faire vacciner par crainte d’effets secondaires.  Or, à la veille du lancement des campagnes de vaccination et pour convaincre la population d’aller se faire vacciner, plusieurs acteurs importants du réseau de la santé ont voulu mobiliser leurs membres, leur personnel et le grand public autour des avantages de la vaccination massive. Ça été le cas de la Fédération des médecins spécialistes,  de médecins du Centre hospitalier régional de Trois-Rivières, du Dr. Amir Khadir, du Collège des médecins et de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec,  pour n’en nommer que quelques-uns.

Si cette stratégie d’appels visait à contrer le discours dominant des promoteurs du complot et inciter plus de gens à aller se faire vacciner, elle a été appuyée par un autre message, relayé dans toutes les régions, que personne ne sera refusée, même si la première semaine de vaccination est réservée pour les professionnels de la santé. Or, au même moment, un adolescent de 13 ans et une jeune fille de 11 ans perdaient la vie à Toronto et à Ottawa après avoir contracté le virus de la grippe A/H1N1. L’annonce des décès de ces deux personnes ont provoqué une onde de chocs qui a secoué tout le Canada. Du coup, l’inquiétude de la population venait d’augmenter considérablement.

Similar Posts