Le Québec risque de connaître une pénurie de médicaments dans les prochains mois. Sandoz Canada, propriété de la multinationale suisse Novartis, a fait savoir dans une lettre envoyée aux pharmaciens du Québec, le 16 février 2012, qu’elle procédera à un arrêt partiel de sa production de médicaments à son usine de Boucherville. Sandoz Canada doit, en effet, se conformer aux recommandations de la Food and Drug Administration, qui a constaté des manquements aux pratiques de fabrication. Sandoz Canada fournit les hôpitaux en morphine, en antibiotiques, en anticoagulants ou en médicaments contre le cancer.

C’est donc par lettre que Sandoz Canada a décidé d’informer les pharmacies et hôpitaux du Québec. L’entreprise a suivi son protocole de communication pour aviser uniquement ses clients, les pharmaciens. Si l’entreprise s’engage à publier dans son site web un rapport hebdomadaire des ruptures de stocks pour ses clients, elle ne communique d’aucune façon aux personnes directement « concernées » par l’arrêt de production de certains médicaments, les patients.

Ce sont les médias qui ont alerté l’opinion publique. Jusqu’ici les seuls commentaires publics de l’entreprise se résument à la gestion des stocks et des protocoles d’approvisionnement des hôpitaux. On se serait attendu à un discours empathique et dirigée vers les patients qui sont certainement inquiets. L’entreprise est elle-même pointée du doigt et accusée de manquer à ses obligations d’informer adéquatement le grand public.

La nouvelle a bien évidemment provoqué beaucoup d’inquiétude dans le réseau de la santé au Québec. Mais par-dessous tout, Sandoz Canada s’est désengagée de sa responsabilité d’informer et de rassurer les patients et la population québécoise. À un point tel, que les professionnels de la santé, l’Ordre des pharmaciens du Québec et le ministre de la Santé ont dû le faire eux-mêmes. Or, l’entreprise a elle-même engendrée la « crise » et se doit, par conséquent, en assumer publiquement les responsabilités et accompagner l’ensemble des publics touchés et concernés jusqu’au retour à la normalité. D’ici là, Sandoz Canada se doit de communiquer régulièrement les actions menées pour rétablir la situation.

La stratégie de communication de Sandoz Canada est clairement établit et risque tôt ou tard de nuire à sa réputation et de la disqualifier de tout débat public lié à la santé et les enjeux de l’industrie pharmaceutique. Après l’annonce de la fermeture, plus tôt ce mois-ci, du centre de recherche et de développement d’AztraZeneca à Ville Saint-Laurent (132 employés); l’annonce de la fermeture, le 10 janvier dernier, du centre de recherche du groupe Johnson & Johnson à Montréal (126 employés); de l’annonce de la suppression d’une centaine d’emplois au centre de recherche et de développement de Sanofi Canada à Laval; et la fermeture du centre de recherche de Merck et la mise à pied de 180 employés, l’industrie pharmaceutique au Québec attire l’attention.

Sandoz Canada devrait se méfier. L’épiderme de l’opinion publique québécoise pourrait devenir sensible et nuire éventuellement au développement de l’entreprise.

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