Dans un communiqué, le 9 février 2012, SNC-Lavalin annonçait  le départ de deux de ses hauts dirigeants, Riadh Ben Aissa, vice-président directeur de la division construction, et Stéphane Roy, vice-président finances de la même division. Sans donner plus de détails, la firme d’ingénierie souligne (que) « des questions concernant la conduite d’employés de SNC-Lavalin ont récemment alimenté l’opinion publique. SNC-Lavalin réitère que tous ses employés doivent respecter son Code de déontologie et de conduite dans les affaires ». Cette déclaration de l’entreprise laisse croire que les deux ex-dirigeants ont enfreint les règles d’éthique et d’affaires de SNC-Lavalin.

Cette annonce survient un an après le début d’une insurrection armée en Libye qui viendra à bout du dictateur Mouammar Kadhafi, et près de onze mois après la destitution du président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali. Deux régimes qui ont succombé aux soulèvements du printemps arabe . Les hauts responsables de SNC-Lavalin seraient soupçonnés d’avoir cherché à faire entrer illégalement au Mexique l’un des fils de l’ex-dictateur.

Depuis un an, les médias canadiens ont rapporté de nombreux liens qui unissaient SNC-Lavalin au régime libyen. L’entreprise québécoise construisait au moment du soulèvement une prison à Tripoli et avait obtenu le mandat de construire un vaste système d’irrigation dans le pays.

Plus récemment, nous apprenions que Riadh Ben Aissa aurait négocié avec le régime pour mettre sur pied une unité de l’armée libyenne. Puis, nous avons également appris qu’une consultante, Cynthia Vanier, a été embauchée en juillet 2011 par Stéphane Roy pour réaliser une mission d’établissement des faits et produire un rapport dénonçant les frappes de l’OTAN ! Mme Vanier a depuis été arrêtée en novembre 2011 au Mexique pour avoir tenté de faire entrer illégalement des membres de la famille Kadhafi. Lors de son arrestation, M. Roy était présent. Elle est depuis incarcérée par les autorités mexicaines.

Et puis finalement, pour ajouter à la complexité du dossier, il a été rapporté que Riad Ben Aissa aurait apporté son aide au beau-frère de l’ex-président tunisien Ben Ali, alors qu’un de ses employés chez SNC-Lavalin, Kébir Ratnani, détiendrait une procuration écrite pour s’occuper de la résidence montréalaise du gendre du président déchu.

Une synthèse des événements est rapportée par le chroniqueur Normand Lester à l’émission Montréal Maintenant animée par Paul Houde.

Les faits rapportés sont troublants et mystérieux. Les activités des hauts dirigeants et employés de SNC-Lavalin se sont-elles produites telles que l’ont rapporté les médias jusqu’ici? Et ont-elles bénéficiées de l’assentiment de la haute direction de l’entreprise?

Pour le moment, bien des questions demeurent sans réponse. Jusqu’ici la firme d’ingénierie a choisi une stratégie défensive et réactive. Les réponses demeurent courtes et sont, pour la plupart du temps, rédigées et envoyées à la pièce aux journalistes par courriel, selon ce que nous pouvons observer dans les médias.

Le président de la société, Pierre Duhaime s’est prononcé qu’une seule fois pour déclarer que « notre unique rôle en Libye était de nature non combattante ». Pour le reste, SNC-Lavalin se contente de nier son implication et jette le blâme sur ses ex-dirigeants, sans mise au point.

Les enjeux sont évidemment énormes. Il sera sans doute intéressant de voir comment, au cours des prochains mois, SNC-Lavalin gérera la plus importante crise de son histoire.

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